Déco & Design

Éric Schmitt ou l’instinct du design

Pull marin, regard volontaire… Éric Schmitt a, ce jour-là, quelque chose de l’aventurier taiseux mais déterminé : « Je n’aime pas parler », confirme-t-il d’emblée au milieu de son nouveau studio parisien où il présente, sur rendez-vous, prototypes et pièces confidentielles. La rencontre promet d’être compliquée… Mais finalement, la passion l’emporte. « J’ai toujours su que je ferais quelque chose entre la sculpture, la peinture, le design, l’architecture, avoue ce fou de concours complet en équitation, doublé d’un musicien averti. Je suis un instinctif sans vision particulière, mais je me suis formé un idiome où le dialogue avec mon métier est très présent. Il en résulte un design très contenu, ni cérébral ni rigolo. » Un ouvrage (Éric Schmitt, par Pierre Doze, Éditions Norma) sorti récemment en témoigne.

« La communication par Internet, c’est frustrant, assure le designer. J’avais besoin d’un outil, un beau livre avec une illustration à la hauteur. Nous avons beaucoup travaillé sur l’iconographie, la cohérence. Tout a été pensé, jusqu’au volume de l’ouvrage, la manière de le prendre en main, le choix du papier… » L’album, chronologique, se divise en deux parties  : un résumé de plus de vingt ans de carrière, de 1994 à ces dernières années, et un catalogue raisonné de plus de 570 œuvres accompagné d’un essai du critique Pierre Doze. « Cela permet de faire une espèce de filiation entre les pièces, assure le designer. Grâce à cela, j’ai pris conscience des charnières qui expliquent une évolution. »

Une ébullition permanente

À 32 ans, en 1987, Éric Schmitt expose, en autodidacte, ses premières créations au VIA avant de rejoindre le groupe de designers néobaroques (Élisabeth Garouste, Mattia Bonetti, Olivier Gagnère, Patrick Rétif…) de la galerie En attendant les Barbares, puis la galerie Neotu.

Dix ans plus tard, alors que débute par l’Hôtel Montalembert une longue collaboration avec le décorateur Christian Liaigre, il opte pour un changement de vie radical. « Cela faisait longtemps que je traînais mes guêtres à Paris. Je partageais avec des plasticiens un atelier installé dans une usine, au beau milieu de ce qui allait devenir le Stade de France. Nous avons dû quitter les lieux. »

Il emmène femme et enfants vivre à Fontainebleau dans une grande maison rurale au sein de laquelle il s’aménage un nouvel atelier. « J’y travaille de manière plus luxueuse, mais cela n’a pas changé ma réflexion. » Et dans ce domaine, sous son air posé, le créateur est en ébullition permanente. « Je dessine tout le temps. Quand j’ai des idées, je les formule immédiatement pour m’en souvenir. » Attaché aux arts décoratifs, il affectionne les « matières passéistes », comme il dit, la pierre, l’ardoise, la fonte (du bronze particulièrement), auxquelles il donne des rondeurs massives et sensuelles aux lignes épurées qui appellent la caresse. Mais aussi le Corian, découvert il y a quelques années. « La fonte, parce que c’est très simple. Je travaille à partir de formes en terre ou en bois. J’aime la traduction directe. L’idée de reproduction est devenue automatique chez moi. » Il y a gagné un penchant pour les matériaux coulés ou issus du feu tels le verre soufflé et, récemment, la céramique, mais aussi la volonté de produire, parallèlement à ses pièces uniques à destination de clients qui en ont les moyens, de très petites séries numérotées.

Entouré d’assistants rompus à sa pensée depuis de longues années, le designer multiplie les projets. En ce moment s’achève une exposition de ses céramiques colorées, « Mon côté gentil garçon », Chez Ibu à Paris. Début avril, il présentera un solo show à la galerie Dutko de Londres, avant de s’attaquer à une nouvelle exposition, à New York, cette fois au début de l’année prochaine. Sans compter la collection de haute orfèvrerie, en bronze argenté, argent et albâtre, qu’il vient de réaliser pour Christofle et celle de bijoux, sur laquelle il planche actuellement à titre personnel. Joli programme.

Les créations du designer Éric Schmitt

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Créations en apesanteur

12 janvier 2021